Ferme Témoins, EARL du Lavoir : Sécheresse 2015, le véritable impact sur nos productions

Ghislaine et Eric DEROCHE dressent le bilan d’une année 2015 qui restera marquée par une sécheresse rude, qui a impacté fortement les productions végétales et de volaille de Bresse, ainsi que les résultats économiques…

Les volailles ont souffert de la sécheresse et de la canicule

2015 aura été une année de « rien » mais aura engendré beaucoup de questionnements sur l’avenir de notre production.

Notre lot de volailles de Bresse du mois de mai avait pourtant bien démarré, mais il n’aura pas eu la chance de connaitre la pluie. En effet, nous avons eu seulement 50 mm d’eau entre début mai et mi-septembre. Les températures ont avoisiné les 40°C, avec souvent un vent très chaud. Nos parcours herbeux furent ainsi transformés en véritable désert : plus d’herbes, plus de vers de terre.

avant après

Le même parcours avant et pendant la sécheresse

Nous avons réalisé l’expérience de rechercher à quel niveau de profondeur se trouvaient nos valeureux vers de terre lors d’un enfouissement de tuyau d’eau. Il s’est avéré qu’ils se situaient entre 1m et 1m50 de profondeur, autant dire inaccessibles pour nos pauvres poulets de Bresse.

P1180967

Tout l’été notre volaille s’est cloitrée à l’intérieur des poulaillers ou cachée dans les haies pour se mettre à couvert des rayons du soleil et des prédateurs, comme la corneille ou le corbeau qui ont cette année été encore plus impitoyables, du fait du manque de nourriture dans la nature. 3 photos

Nos poulets attendaient patiemment la fraicheur du soir, pour occuper l’espace naturel et se nourrir. La souche du poulet de Bresse est pourtant très rustique mais les conditions extrêmes de cette année ont eu de graves conséquences sur le développement de leur squelette : carences, petit gabarit, retard de croissance (pratiquement un mois) et production très hétérogène.

Nos chapons ont également bien souffert, leur fort taux de mortalité est en partie dû aux prédateurs, à la chaleur, mais également fin septembre au retour de la poussée d’herbe.

Notre lot de fin juin a lui été plus épargné. En effet, avec l’automne arriva le retour de la pluie courant septembre et nos parcours retrouvèrent la belle couleur verte des prairies du printemps.

Nous élevons également quelques pintades avec nos poulets. Nous avons pu ainsi constater que ces dernières supportaient mieux la chaleur. La raison ? La pintade est une volaille présente à l’origine en Afrique. A titre de comparaison : pour un poulet pesant vif 1.2 kg, la pintade atteignait avec la même durée d’élevage un poids de 1.8 kg : hallucinant!!!

Des rendements catastrophiques sur maïs

Sur notre exploitation, nous produisons nos céréales : 7 hectares de blé et 15 hectares de maïs, elles sont toutes autoconsommées par nos volailles. Cette année nous avions fait l’acquisition de 7 hectares supplémentaires, que nous avions semés en maïs : cela devait être notre surplus en céréales et bien encore raté ! « Dame nature » en a décidé autrement.

La production en blé a été normale avec 60 quintaux à l’hectare. Mais pour le maïs, la récolte fut catastrophique. Sur 22 hectares de maïs, 4 ont été mangés par les corbeaux et ont pu être ressemés, 2 autres mangés également mais impossible de ressemer car nous étions déjà début juin avec un sol trop sec; le restant a subi la canicule.

Au final, nous avons récolté en moyenne 39 quintaux par hectare (variant de 20 à 60 qx). Nous avons à peine atteint le volume nécessaire pour notre production en ayant 7 hectares de plus et nous serons obligés d’en racheter un peu.

L’impact de la sécheresse sur l’économie de la ferme

La fin d’année s’est bien terminée, nous avons tout vendu: chapons, poulardes
Notre objectif pour l’année 2015 était de 500 chapons mais après les pertes et la canicule, nous n’avons pu en vendre seulement 360 sur les 690 poulets castrés.

Le bilan canicule pour notre exploitation se chiffre en une perte d’environ 30 000 euros net (maïs, poulets et chapons).

Nous travaillons avec le vivant et la nature est toujours là pour nous le rappeler. Au cours de notre vie, nous ne connaitrons pas une seule année semblable et nous devons bien évidement nous adapter à notre milieu naturel et non le contraire.

La sécheresse en images, pendant et après…